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Marche pour la paix, 20 ans après, Srebrenica.




Voilà un an que nous avons participé à la Marche pour la paix de Srebrenica, vingt ans après le génocide bosniaque ( Musulman de Bosnie cf : partie sur les nationalités). Nous avons voulu publier une sélection de photographies prises durant cette marche par Ludovic Versace et Clélia Chopinaud, que l’on remercie ici, accompagnée d’un récit de ce que nous avons vu.  Nous avons voulu donner à entendre un court montage audio réalisé à la suite de ce voyage par Maïssoun Zeineddine, et  prendre le temps de traduire le témoignage de Vélic Armedin, survivant de cette guerre de Yougoslavie, qui a bien voulu témoigner à notre micro. Merci à lui et à Irvin Mujcic qui a su nous traduire en anglais cette histoire de guerre ainsi qu’à François Soltic pour la traduction postérieure française. Nous avons également ajouté des éléments historiques afin que cette histoire puisse être appréhendée par tous. Il ne s’agit aucunement d’un travail historique mais d’une brève synthèse de ce que l’on peut trouver ailleurs, tel que sur Wikipédia ou dans des articles en ligne notamment sur le site de Solidarité Bosnie.

 

 

Introduction

Nous sommes allés en Bosnie-Herzégovine, invités à participer à la Marche pour la paix par Irvin Mujcic. Irvin est un survivant du génocide des bosniaques de Srebrenica perpétré en 1995 pendant la guerre de Yougoslavie. En 1995, il avait huit ans.  Accompagné par sa mère, sa sœur, et son petit frère il a fui Srebrenica par le dernier bus à pouvoir sortir de la ville, laissant derrière eux, leur père et une partie de leur famille et ami-e-s qu’ils ne reverront plus. Après un périple, la famille incomplète s’est réfugiée en Italie.En 2015, c’est la deuxième fois qu’ Irvin participe à la Marche pour la paix et depuis il s’est ré-installé dans la maison de son père « disparu » en plein cœur du quartier des génocidaires serbes.Nous sommes sept venus de France, nous avons rencontré Irvin en tant qu’activiste au sein du réseau rrom Ternype  (International Roma Youth Network) notamment  lors de l’organisation de la commémoration du génocide des rroms à Cracovie en 2013.

Nos précédentes rencontres avec lui, ont donné lieu à l’enregistrement d’un entretien diffusé lors de l’émission  le jour de la sirène, diffusée sur FPP. Il y raconte son parcours, son installation en Italie, son activisme auprès des rroms, notamment des Balkans, réfugiés en Italie…  A l’époque de l’interview, il travaillait à la réalisation d’une exposition sur le thèmes des murs en Europe.

En podcastcasque fond violet : Début de l’interview d’Irvin à 3mn35 :

10-07-Bosnie-3Irvin Mujcic, Srebrenica Juillet 2015

Une Marche pour la paix

[Prise de son/montage : Maïssoun Zeineddine. Photos : Ludovic Versace/ Clélia Chopinaud.]

Cette marche a lieu en Bosnie depuis dix ans. Elle a été initiée par la diaspora bosniaque de Suisse et notamment par l’association solidarité Bosnie. C’est une marche commémorative qui part de Nezuk jusqu’à Potocari à l’entrée de Srebrenica, lieu où se situait la base de la FORPRONU à l’époque de la guerre. Pour les vingt ans (1995-2015), environ 7000 marcheurs font en sens inverse, les 80 km parcourus par les 14 000 bosniaques, en majorité des hommes,  qui tentèrent de rejoindre Nezuk en zone « libre » alors que Srebrenica tombait aux mains des nationalistes serbes.  La plus part des femmes et des enfants sont partis se mettre « à l’abri » dans la base de l’ONU de Potocari, que les nationalistes serbes ont rapidement investie. 25 000 femmes, enfants et personnes âgées, furent emmenés à Kladanj, près de Tuzla, en territoire contrôlé par le gouvernement de Bosnie. Les hommes furent exécutés, les uns sur place, les autres emmenés sur différents sites, près de Bratunac, jusqu’à Zvornik à 55 km au nord de la ville, où eurent lieu des exécutions de centaines ou milliers d’hommes. Plus de la moitié de la  « colonne » a été massacrée sur cette route à travers la forêt qui fut pendant cette semaine du 6 au 11 juillet 1995 le théâtre d’atrocités, reconnu génocide des bosniaques par la cour internationale de justice de La Haye.

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 Le 6 juillet 1995, l’armée de la Republika Srpska (composée de nationalistes serbes, dont les tchetniks) attaque Srebrenica. Pourtant, le 16 avril 1993 l’enclave bosniaque était classée « Zone de sécurité » par les Nations Unies. La ville qui ne comptait que 5000 habitants avant la guerre, accueille alors jusqu’à 20 000 personnes. S’y regroupe tout ou partie de la population musulmane des environs, chassée par l’armée des nationalistes serbes dés 1993. Cette ville « refuge » devait théoriquement être protégée par la présence des casques bleus. Habitants et militaires bosniaque ayant été désarmés par l’ONU.

Vingt ans plus tard, des milliers de marcheur-e-s sont réunis sur le plateau de Nezuk. Il y à la diaspora bosniaque, des habitants bosniaques de la région et aussi des étrangers venus en soutien et/ou pour dénoncer la responsabilité de leur propre pays dans cette terrible guerre.Sur le plateau de Nezuk, point de départ de la marche de trois jours, résonne une musique patriotique suivie de discours.

Cette « Marche pour la paix » fait partie de la commémoration du génocide des bosniaques, elle ne regroupe pas les différentes composantes de l’ex-Yougoslavie, Serbes, Croates et Bosniaques. Les tensions entre communautés restent vives. Cette marche est donc une occasion de réappropriation de l’histoire et du territoire, dans une région où peu de Bosniaques se sont ré-installés, où le pouvoir est aux mains des Serbes et où la ville et les alentours restent meurtris par la guerre et le génocide : en 2006, les Nations-unis déclaraient que la population de la région de Srebrenica était à 87 % féminine. La police comme la très grande majorité des fonctionnaires de la Républika Srepska sont serbes. Nous entrons dans la forêt en colonne, survolés par des hélicoptères, une présence militaire qui contraste avec le nom  même de « marche pour la paix ».

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08-07-Bosnie-74Un policier garde un champs…

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Plusieurs générations sont présentes. Tandis que les plus de quarante ans revivent douloureusement l’horreur de cette guerre fratricide où « personne n’y a gagné », chez les plus jeunes, certains vêtus en treillis entonnent des chants nationalistes.  C’est l’occasion de montrer la fierté des Bosniaques. Quelques drapeaux aux fleurs de lys rappelant l’indépendance de la Bosnie-Herzegovine (de 1992 à 1998) – qui fit suite au référendum du 29 février 1992 -, flottent parmi les marcheurs. Les villes du pays ont organisé la venue de groupes qui portent tous des T-shirt les identifiant.

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08-07-Bosnie-53Sur le bord du chemin, des villageois-es nous saluent. Les villages que nous traversons ont été ravagés pendant la guerre.
08-07-Bosnie-41Certains bosniaques sont revenus, ils ont réparé leurs maisons, ou, plus souvent, en ont construites de nouvelles, laissant la ruine en vis à vis. Ici pas d’oubli.
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08-07-Bosnie-68Des photos des premiers arrivées de cette marche mortelle de 1995 sont installées sur un muret. Images des blessures, de la marche, de la faim et des tirs.
08-07-Bosnie-103Pause pic-nic, nous serions sept mille.
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09-07-Bosnie-66Traversée, le deuxième jour.

Durant ces trois jours de marche nous croisons des habitants rescapés qui offrent du café et du thé préparés au bord du chemin dans de larges chaudrons sur des feux de bois, ou sur les terrasses de leurs maisons.

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Ici encore une dame sert du thé. Sur ce chemin, témoin de l’Histoire.

On rencontre Vélić, devant chez lui, il sert du thé. Alors que nous enregistrons quelques jeunes, l’un d’eux l’appelle, c’est un survivant ayant participé à défense de la montagne que nous traversons. Son témoignage est retranscrit ci-dessous. Les jeunes gens l’entourent et écoutent, intéressés, ils apprennent, ils questionnent. Il connaît bien le territoire. Il avait dix-neuf ans et est rentré dans la résistance bosniaque dès 1993.

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Des associations diverses : ONG américaines, organisations musulmanes…, distribuent des fruits, des yaourts, des sandwichs. Des camions citernes de l’armée assurent le ravitaillement en eau quand il n’y pas de fontaine ou de sources.

09-07-Bosnie-49De nombreuses fontaines nous permettent de remplir nos bouteilles. Cette fontaine est une Hajr Voda, c’est une coutume  musulmane de construire une fontaine pour honnorer la mémoire des morts.

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Chaque soir, un campement dressé par l’armée est mis à la disposition des groupes, tandis que les autres installent leurs propres tentes à côté. Le premier soir, Irvin et son amie Clémence nous ont préparé  un topo sur l’histoire de la Yougoslavie et de la guerre qui la démantela. Du côté du campement les soirées sont ponctuées de diffusions de films sur la guerre, et de prises de paroles.La chaleur et les émotions nous accablent tout en étant pleins de ces paysages merveilleux que nous avons traversés. Étrange sensation, au bord de la nausée.

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Installation du soir, au loin les tentes de l’armée avec ses camions, ses citernes d’eau et plus devant, les tentes colorées individuelles… Le deuxième soir, nous montons dans la forêt faire cuire notre repas au loin.

Cette marche de trois jours se termine au cimetière de Potocari, par la commémoration officielle du génocide du 11 juillet 1995. 50 000 personnes y sont attendues. En plus des marcheurs, des cyclistes, des motards, des bus d’étrangers, des officiels et même le premier ministre serbe Aleksandar Vucic qui se fera huer en pleine cérémonie.

Nous rencontrons Suyo au bord du cimetière alors que nous arrivons de la Marche. C’est un survivant, il est venu faire la marche, mais n’aura pas supporté plus d’un jour la plongée dans l’horreur de ses souvenirs. C’est un survivant, il faisait partie de la colonne en 1995, tandis que sa femme, elle, est passée par Potocari. Il a perdu beaucoup de ses proches. Le premier jour de la Marche, il a retrouvé l’arbre auprès duquel son ami est mort. Il nous dis la difficulté de témoigner, de transmettre cette histoire à ses enfants. Que dire ? Ils vivent depuis en Suisse. Leur récit a été publié dans « Vivre ou mourir à Srebrenica ».[ref en fin d’article]

La recherche des disparus, vingt ans après se poursuit. Cette année encore une centaine de dépouilles retrouvées y seront enterrées dignement. Vingt ans après, glissements de terrain, inondations, rendent les recherches de plus en plus difficiles. Le terrain du cimetière de Potocari a été acheté avec le dédommagement que l’association des femmes bosniaques a réussi à obtenir après des années de luttes.

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10-07-Bosnie-146Ancienne usine à bateaux, base de la FORPRONU durant la guerre.

Potocari base de l’ONU pendant la guerre.

Aujourd’hui la base de la FORPRONU se visite, on y trouve : des explications sur les personnalités de la guerre, où en sont leurs procès ;  les recherches des victimes, avec des portraits de victimes.

On assiste depuis quelques temps à la réhabilitation de Slobodan Milosevic, mort en prison sans être jugé et désormais « innocenté » des accusations de génocide qui pesaient sur lui. Ainsi les nationalismes ont de beaux jours devant eux dans cette ex-Yougoslavie déchirée.

Sur les sept accusés par le TPIY pour l’exécution des  » 7800 « personnes massacrées a Srebrenica, Le Parisien informe que Ljubomir Borovcanin, commandant adjoint de la police spéciale du ministère de l’Intérieur serbe bosniaque avait été reconnu coupable d’extermination, de meurtre, de persécutions  a été libéré cet été 2016 après moins de dix années de prison.

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Au sein de la base, sur un côté un peu moins visité, on peut rentrer dans l’ancien bordel militaire. Les murs sont recouverts de graffitis sexuels avec des phrases tracées tant en danois qu’en serbe. Ce qui laisse trace des pratiques des militaires de la FORPRONU et leurs accointances avec les Serbes. Les bordels de campagne sont un classique des armées… parler de bordel ou de prostitution est un euphémisme en temps de guerre, quelle soit coloniale ou civile.  Comment ne pas faire référence aux  « camps de viols » institués par les nationalistes serbes comme à Foča… véritable armes de guerre et de crime contre l’humanité.

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(1) Quelques mois après débutait la guerre de Bosnie qui prendra fin avec les accord de Dayton en 1995.

 


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 Témoignage de Velić Armedin, rencontré alors que nous nous arrêtions chez lui. Une maison a été reconstruite et l’ancienne, éventrée par la guerre, reste là. Il ne vit pas à l’année ici, il est là que depuis la veille. Il servait du café aux marcheurs. Alors que j’enregistrais des jeunes gens, ils l’ont fait venir. C’est un homme d’une quarantaine d’années.


Dis-lui que je suis un des participants, et un survivant. Je suis né ici. Et dis-lui que ces montagnes, c’est notre territoire.

Ici il n’y avait pas 100 m2 sans cadavres : y en avait partout. La plus grande fuite a eu lieu par là, par la montagne Kamensko.

J’avais 20, 21 ans. Le 13 mars 1993, je suis rentré dans Srebrenica, on faisait la guerre. Nous sommes partis de Kamenica. Et tout ça, ce sont des villages musulmans. On est tous allés à Srebrenica. Maintenant il ne reste que des villages serbes. On a résisté pendant un an, on a défendu ce territoire.

Il y avait quatre-vingt-dix personnes ici dans la montagne de Kamensko. On voyageait la nuit et on se reposait le jour. C’était un petit territoire dont les gens ont été chassés. En 1993, les femmes et les enfants ont été mis à l’abri de l’autre côté [par des accords du HCR]. Ma sœur et mon frère sont allés à Banovići près de Tuzla. Moi, je suis resté ici, chez mon grand-père.

En 1995, quand on est parti [de Srebrenica, le 11 juillet 1995] le premier lieu de repos à six heures du matin, c’était ici, où nous sommes en ce moment. Nous avons marché pendant cinq jours. Le deuxième lieu de repos c’était à Drče, vous y êtes déjà passés. La troisième pause, c’était en bas. C’était le mois de juillet, on marchait de nuit, se reposait le jour, il ne fallait pas marcher la journée. Et puis nous sommes arrivés à Nezuk. C’était ici le plus grand rassemblement sur la montagne de Kamensko. En bas, vous avez Sandić.

Là il y avait le fils de Nermin. Ici dans la prairie, vous pouvez filmer, photographier, le monde entier connaît ça.


Une partie seulement des femmes et des enfants [comme son frère et sa sœur] ont été transportés dans les camions de la FORPRONU, jusqu’ à Tuzla, en 1993. Et en 1995, à nouveau de Potočari, la FORPRONU a utilisé des camions et des autobus serbes. Ceux qui sont partis par la forêt représentent 50% des gens, peut-être, qui sont passés par là où vous passez maintenant. Tu comprends ? C’est-à-dire, que la colonne principale est passée par ici, par ce village. Cette partie là est passée par cette montagne, en haut. Ils sont allés par la forêt et la prairie, mais ils ne sont pas allés par le chemin. Peut-être entre 50% et 70% sont passés par le chemin par lequel vous êtes passés.

J’étais à l’école à Sarajevo, et puis quand la guerre a commencé je suis venu à Srebrenica. Après la guerre j’ai terminé mes études à Tuzla, quatre ans. [Velic était infirmier anesthesiste]

Puis, comme le groupe d’auditeurs attentifs autour de lui s’agrandit, il  reprend son histoire :

On peut parler de tout ça, de tout ce qui est arrivé, pendant des années !

Tout ce que j’ai vécu. Je voulais juste dire un peu. Quand je suis venu de Sarajevo ici, en 1991 et principalement en 1992, alors que la guerre n’avait pas encore commencé à Srebrenica, elle avait commencé à Zvornik.

Ici les Serbes sont passés par milliers, il en passait toute la journée par colonnes. On ne pouvait pas les compter. Ils ont expulsé tous les villages d’ici. Moi je savais, j’étais là pour compter les véhicules d’artillerie qui passaient sur ce territoire. Officiellement la guerre entre les Serbes et nous a commencée le 25 mai 1992. Mais le 9 mai, ils avaient déjà attaqué Glogovo. C’est un village qu’ils ont complètement brûlé et plusieurs hameaux aux alentours. A Glogovo, les gens ont rendu les armes, une partie a fui et les autres sont restés pour garder les maisons. Une autre partie s’est cachée dans la forêt.

Alors la population (serbe) a appelé la population (bosniaque) à revenir. Ma famille, dont la plupart était à Glogovo, est revenue. Et le 9 mai, ceux qu’ils (les Serbes) ont pris, ils les ont tués [18 personnes d’une même famille sont alors tuées]. A ce moment là, ils n’ont pas tué les femmes et les enfants : ils les ont transportés vers Tuzla dans des autobus.

On raconte que Glogovo n’a pas voulu rendre les armes, que nous avons résisté. Le 25 mai, ils se sont mis en route vers le village de Kravica, ici en bas. Et vois comment nous avons réagi : nous ne voulions pas rendre les armes. En bas, chaque jour, venaient des véhicules de transport, les Serbes passaient sur la route et appelaient à ce que les gens rendent les armes. Ils nous ont interrogé, et nous leur avons donné nos armes et laissé cette partie du territoire, parce qu’à cette époque, on parlait par la force, et nous n’avions que trois fusils.

Le 27 mai, ils nous ont attaqués (des fantassins) sur cette montagne de Kamensko. Le combat a duré peut-être de midi et demi à vingt et une heure. Là, il n’y avait pas que trois fusils, pas mal de gens étaient venus. Moi j’étais entre cette ligne (de front au bord de la forêt) et le Pas de Poljane. Ce village que vous allez passer en haut, Mratinci, c’est un village Serbe. Ils ne sont plus là. C’est à cette bataille que j’ai eu mon premier blessé. Je montais la garde avec mon oncle, il n’y avait pas de tranchée. Moi j’ai eu un soupçon en voyant un merle. J’ai proposé à mon oncle qu’il aille avec le fusil avertir le village. J’avais seulement dix-huit ans, et je suis resté là, seul quand ils ont commencé à tirer. Ça tirait ici, ça tirait en haut, tu ne sais pas qui a tiré le premier, tu comprends ?

Mon grand-père était à la maison, il est arrivé à toute vitesse vers la forêt pour savoir si j’étais bien vivant, ou si j’étais blessé… Quand je suis rentré chez moi, en bas, y avait un enfant blessé. Un survivant, il avait cinq, six ans, une balle l’avait traversé de la fesse à là, alors qu’il fuyait la maison. C’était le fils de mon voisin. C’était ma première rencontre avec une blessure.

J’étais en contact avec un collègue technicien, qui m’a formé après à l’école de l’hôpital. Au bout de cinq jours je lui ai envoyé l’enfant et j’ai constamment gardé ce contact quand j’étais en première ligne pour ces cinq villages, où il y avait les combats. Je ramenais les blessés. J’ai fais ça jusqu’en 93, jusqu’à ce qu’on soit tombé.

Ce sont les serbes d’ici, dont ceux de Kravica, qui ont demandé à ce qu’on rende les armes et qui nous ont le plus frappés. Mais comme à Glogovo ils avaient tué les gens qui avaient rendu les armes, ici nous n’avons pas voulu rendre les armes. (Des villages purement Serbes, ce sont eux qui nous ont le plus tapé dessus.) Nous avons résisté, et le 25 mai, les Serbes de Kravica ont brûlé trois maisons du village de Sandići. C’était une provocation, pour voir comment nous réagirions. Le 27 mai, ils nous ont attaqués avec des fantassins et l’artillerie. Cela a duré de midi et demi à vingt et une heure. Pas une balle ne s’est tue, ça veut dire qu’il n’y a pas eu une seconde sans tir.

Si cette montagne de Kamensko était tombée, ils nous auraient attaqués sur le la route allant à Tuzla. Donc, nous avons résisté ici pendant deux jours : jusqu’au 29 on entendait l’artillerie. Ils avaient trois tanks. Ils tiraient de Pale [capitale de la Republika Srpska] sur Sandići. Et ils sont rentrés ici à Olići.

Nous avons creusé un trou. On avait bricolé deux lance-grenades. Le premier, l’amorce n’a pas fonctionné, et le deuxième a raté le tank. Alors un homme est allé vers le tank, comme nous avions fait à Srebrenica : on l’a arrêté à mains nues (avec des pierres) simplement. Y avait pas assez de fusils, tu comprends ?

Ainsi sont morts onze de nos jeunes gens, et quatre autres sont morts parce qu’une balle a fait exploser notre lance-grenades, porté par mon camarade de classe. Il est mort sur le coup ainsi que les trois autres qui étaient derrière l’arbre.

Mon instituteur de Kravica, « Ljubo » participait a cette attaque [côté serbe]. J’étais dans sa classe, de la cinquième à la huitième [au collège] à Kravica. Il faut le dire : il a participé à l’attaque avec sa femme, qui était également enseignante. Les gens d’ici, les voisins participaient dans l’artillerie de l’armée serbe.

C’est important de savoir, comme à Glogovo, les gens sont revenus et les Serbes les ont attaqués et tués. Ils ont encerclé le village. Les gens ne se cachaient pas, ils ne croyaient pas qu’ils allaient se faire attaquer. C’est pour cela que nous n’avons pas rendu les armes, eux ils arrivaient ici pour nous tuer. Là c’est très important : et quand on dit que la guerre à commencé, «  les Serbes sont Serbes », ça signifie que les Serbes d’en bas ont commencé la guerre. Ils nous ont attaqués.

Quand la milice d’Arkan entre à Bratunac1, ma « cousine » était en enceinte. Les nôtres laissent tomber Bratunac. Une multitude de voitures entrent dans Bratunac, et ils font ce qu’ils font. J’étais avec ma mère et ma tante pour l’accouchement avec un ami, Fajk qui avait une Audi, il est de Kravica. Elle a perdu les eaux à la Maison de santé de Bratunac. Elle à accouché à Titovo-užice, que nous avons fui pour retourner à Kravica, pour défendre les barricades. Et là j’ai rencontré mon camarade d’école Miroslav Galić, il était en uniforme et me menaçait, tandis que Fajk était menacé par un camarade de l’auto-école. Une voiture civile est arrivée dans notre dos et des soldats en sont sortis en nous injuriant. Raško, l’un des leaders, a dit qu’ils ne doivent plus laisser passer aucune voiture vers Bratunac.

C’était quelque part début mai. Nous n’avons pas déclenché la guerre, nous avons été obligés de nous défendre. C’étaient des camarades de classe, il faut que le monde sache que comme à Srebrenica, nous avons été chassés.

Un jeune qui écoute attentivement le témoigne de Vladic intervient :

– Ils vous demandent de rendre les armes, et après ils vous tuent.

– Mais nous avons résisté. Y a eu une rencontre avec notre capitaine dans une grande maison quand Glogovo est tombée, pour savoir si on y allait. Donc on a décidé qu’on ne rendrait pas les armes, parce que ce qui va nous arriver c’est pire. Tu comprends ? Et nous nous sommes défendus. Les attaques sur Pravil, Cerska, Uruk, et Glabojsko, ont commencées. Eux ils étaient organisés et nous finalement, nous nous sommes organisés en lignes organisées.

Ah ! un détail : c’était le début du ramadan en avril. Quatre jours de grenades sur Kamenica, Kainovici, et Lolići, tirées à partir de Kravica. Le premier jour, quatre cent et quelques grenades sont tombées sur ces trois villages. Le deuxième jour nous étions tous cachés dans les caves, et ce deuxième jour il y a eu entre quatre cent cinquante et cinq cent grenades qui sont tombées. Le troisième jour pareil, à peu près cinq cent grenades. En quatre jours, ces deux mille ou mille et quelques grenades ont fait des morts aussi bien des chevaux que les coqs du voisin. Tu comprends ? Les tirs de grenades dès six heures du matin jusqu’au soir (à la rupture du jêune). Grâce à Dieu, il n’y a pas eu de pertes humaines ! Ici, tout compte fait, il y a eu peu de victimes, 3 ou 4, car nous nous défendions.

– Et alors, quand vous vous êtes retirés ?

– Là c’est la politique qui a commencé à s’en mêler. Alors le combat pour le pouvoir a commencé.

Velid, le nôtre, part pour Tuzla, pour quelle raison, on ne sait pas. Il commence à établir les communications avec Srebrenica et Nasser [Orić]. Les nôtres vont là-haut et les autres viennent ici. Il y avait des zones tchetnik à traverser en courant vite : ils passaient à travers Kravica et Rogač.

On prend Kravica qui est devenu la ligne de défense entre Srebrenica et Konjevič-polje, Cerska [zone de sécurité]. Nos messagers étaient menacés. Le 7 janvier 1993, ils sortent de Kravica, attaquée par les Serbes.

Le problème à Srebrenica, tu sais, c’était le manque de nourriture.

Et maintenant, Morillon2 arrive. j’étais à l’hôpital quand il est venu, il y avait beaucoup de blessés. J’ai été aussi à Cerska, d’où j’ai amené beaucoup de blessés à Srebrenica. Plus précisément, des blessés de Grobići  et de Drčko où les combats ont duré un mois, de février à mars. Après ce mois de combat il y a eu un retrait et Morillon est arrivé à Srebrenica avec sa FORPRONU. Il arrive à Konjević-polje. J’étais là quand il est arrivé avec l’équipe des médecins à notre base. Notre base c’était cinq maisons. Morillon s’assoit avec le commandant, je ne sais pas sur quoi ils se mettent d’accord, mais c’est pour aller à Tuzla : pour emmener les civils à Tuzla. On va à Srebrenica. Est-ce que c’était sur décision de la politique internationale ? Vraisemblablement, c’était pour laisser les gens dans une enclave. Les nôtres défendaient cette enclave mais les autres (la communauté internationale) voulaient les tuer psychologiquement.

Le jeune homme :

– Vous pouviez fuir Srebrenica, mais vous ne vouliez pas aller à Tuzla ??

– Nous pouvions aller vers Tuzla, mais nous ne voulions pas [abandonner Srebrenica] ! Mais disons qu’avec notre collaboration avec les militaires de Tuzla par la forêt : il n’y avait que trois kilomètres, de Kamenica à partir de Nezuk.– D’où viennent les militaires qui viennent vous aider ?– En automne, Il [nom inaudible] est venu de Zagreb (Croatie) avec quatre cent cinquante volontaires et y a aussi des gens qui sont venus de territoires près de Tuzla.

– La première colonne, quand elle part, qui est le gars qui la mène ?

– Golnič, le commandant du bataillon de Brčko, il est venu à Glogovo. C’était un des formidables combattants ; il est mort à Bajkovici en conduisant le bataillon des montagnards, quand on se faisait attaquer. Ils nous assiégeaient, nous avons portés des coups à ce siège tchetnik. Nous avons reçu l’information que d’une partie du territoire assiégé, certains étaient arrivés en zone libre. On nous a alors indiqué le chemin et nous avons directement attaqué, percé une brèche sur son aile à Bajkovici. On est entré par une rivière, on a gravi deux montagnes et on a attaqué l’aile. D’après ce que j’ai pu observer, des tranchées étaient creusées à partir de Pazaric. Alors on les a attaqué à revers, par surprise. De sept heure du matin à sept heures le soir, jusqu’à percer.

Et voilà…

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Velic Armedin devant sa maison

Vélic Armedin en écoute ci-dessous :

(Ces propos ont été recuillis par Maïssoun Zeineddine, traduit dans les grandes lignes en anglais sur place par Irvin Mujcic, puis traduit en français d’après l’enregistrement par François Soltic.)

1[milice serbe de Serbie dénommée les Tigres, faite d’hooligans-soldats, ils opèrent en première ligne du génocide. Arkan à d’abord sévi en Croatie, puis en Bosnie. Arkan, Željko Ražnatović, bandit de droit commun avant guerre, homme de main du pouvoir serbe, profiteur de guerre, détenait le pétrole Yougoslave, le club de foot etc. Il a été assassiné début 2000… Son témoignage aurait encombré beaucoup de monde à Belgrade et ailleurs ?]

2[En mars 1993, le général français Philippe Morillon, alors commandant de la Force de protection des Nations unies (FORPRONU) promettait de ne jamais abandonner la population musulmane de l’enclave de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine. Srebrenica est décrétée zone de sécurité par la résolution 819 du Conseil de sécurité de l’ONU le 16 avril 1993 ]

 


 
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Précisions sur l’histoire des noms, des nations et leurs usages : Bosniaque, Musulman, Bosnien.

  • Bosniaque : Historiquement c’est la traduction du latin Bosniensis, habitants de Bosnie indépendamment de leur confession ainsi nommés (« Bošnjak ») par les turcs sous l’empire Ottoman. Terme repris par les européens jusque dans les années 1990, alors que dés le début du XXème  catholiques et orthodoxes de Bosnie,  refusent ce terme « turc musulman »- lui préférant « Bosanac » comme terme générique pour les habitants de Bosnie. Ce qu’en français nous avons tardé à traduire par Bosnien dans les années 1990.
  • Musulman, une nationalité ? : En 1918, lorsque la Bosnie est annexée par le Royaume de Yougoslavie, les Bosniaques deviennent des citoyens de seconde zone. Du fait de leur religion, ils deviennent les boucs émissaires, révélateurs de la haine que certains voisins avaient accumulée contre les Ottomans durant les quatre siècles de leur règne dans la région. Cette situation perdure jusqu’en 1974 en Yougoslavie communiste. En effet, à ce moment, s’il existait officiellement les nationalités croate, macédonienne, serbe, monténégrine et slovène, la nationalité bosniaque n’avait pas de reconnaissance officielle et lors des recensements, la plupart des musulmans de Bosnie-Herzégovine en particulier et de Yougoslavie en général ne déclaraient pas d’appartenance nationale. En 1974 la nouvelle constitution yougoslave introduit la nationalité de Musulman, qui sera adoptée par la très grande majorité des musulmans slaves de Yougoslavie. Malgré la volonté des intellectuels bosniaques à un retour au nom historique Bosniaque, le président Tito refusa. Cette dénomination restera utilisée jusque dans les années 1990, lorsque les musulmans de Bosnie demandent la reconnaissance de leur peuple en tant que nation. Au début de la guerre en Bosnie, les dirigeants des Musulmans de Bosnie choisissent de substituer à l’appellation « Musulman » le terme historique de Bosniaque / Bošnjak.

Rappel historique sur la guerre de Yougoslavie et plus particulièrement la « guerre de Bosnie ».


Les indépendances

Suite au règne de Tito, se succède à la présidence les représentants des différentes Républiques. L’armée fédérale, majoritairement composée de Serbes, participa à la déroute finale du gouvernement de Marković en s’alignant aux côtés de Milošević président de la Serbie.

En juin 1991, la Slovénie et la Croatie proclament leurs indépendances. Puis la Macédoine en octobre. En Bosnie, un référendum est organisé le 29 février 1992, (1) la communauté internationale reconnaît l’indépendance malgré le boycott des serbes de la région – un tiers de la population.

La Yougoslavie ne comporte alors plus que la Serbie et le Monténégro. Refusant l’indépendance, des milices serbes organisées par Radovan Karadzic (chef du parti nationaliste serbe SDS) encerclent Sarajevo ; appuyé par le chef d’état major de l’armée yougoslave qui déclare le 30 mars 1992 : » La sécession de la Bosnie-Herzégovine est inacceptable et l’armée fédérale est prête à y intervenir pour défendre le peuple serbe menacé par une agression ouverte ».

Début 1993, alors que la guerre sévit depuis un an, Srebrenica est une enclave où la résistance bosniaque s’organise et accueille de nombreux réfugiés tout en continuant à être bombardée depuis les collines des territoires serbes voisins.

En mars 1993, le général français Morillon, parvenu sur les lieux, négocia un cessez-le-feu et obtient pour Srebrenica un statut de « zone protégée »qui abrite alors  42 000 habitants et réfugiés. Mais l’ONU ne se donna jamais les moyens de protéger cette population qui subira quotidiennement les tirs d’obus des forces serbes, ceci jusqu’au fatidique juillet 1995, date à laquelle les nationalistes serbes entrèrent dans ville, après trois jours de combat. Tous les hommes valides suivirent la consigne de rejoindre Tuzla, en zone libre. La majorité des femmes et des enfants se réfugièrent à Potocari où la base de la FORPRONU est installée dans une ancienne usine à bateaux. Cherchant refuge auprès des casques bleus Néerlandais.

La FORPRONU ne prit aucune décision d’intervention, jusqu’à la fin des massacres qui durèrent plusieurs jours que ce soit dans la montagne ou sur la base de l’ONU, dont les nationalistes serbes prirent facilement le contrôle. Ils exécutèrent  un millier d’hommes et les femmes et les enfants furent déportés à Kladanj en zone libre.

Sur les 14000 hommes partis à travers bois, plus de la moitié furent tués. Le 16 juillet, 4200 hommes de la colonne franchirent la ligne de front à Nezuk, village tenu par l’armée bosniaque, rejoints au cours des mois suivants par 2000 hommes, qui parviendront en petits groupes jusqu’à la zone libre.

Aujourd’hui on sait que l’abandon de la FORPRONU était décidé en haut lieu et que la France a sa part de responsabilité dans ce massacre.

Un découpage de la Yougoslavie se profilait depuis 1991 alors que les enclaves bosniaques représentaient déjà un « problème » pour la « résolution du conflit ». Par ailleurs, le général Janvier fait partie des responsables de la non intervention aérienne de la FORPRONU. En effet, alors que la décision du général Mladic (commandant en chef de l’armée de la république serbe de Bosnie, responsable aussi du siège de Sarajevo, dit le boucher des Balkans)  d’en finir avec Zepa – autre enclave bosniaque – était connue, et le sort des hommes de Srebrenica toujours incertain, le Général Janvier a décidé de ne rien faire pour défendre l’enclave qui a été délibérément abandonnée à son sort 14 jours après Srebrenica.

Le Général Mldadic a vécu « en cavale » durant 15 ans. Il continua a toucher sa retraite miliaire jusqu’en 2005 ! En 2011 il est finalement livré au tribunal international pour comparaître. C’était la condition sine qua non pour l’entrée de la Serbie dans l’Union européenne. Il refusa de témoigner contre Karadzic avec lequel il est accusé de génocide et de crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

bosnia-herzegovina-mapLes Accords de Dayton :
Ces Accords ont certes mis fin à la guerre, mais ils maintiennent la division du pays en deux « entités » : la Fédération croato-bosniaque (51% du territoire) et la « République serbe » (49%). [Republika Srepska à ne pas confondre avec la Serbie, voir carte ci-contre]
Durant les négociations successives entre 1992 et 1995, les représentants des grandes puissances (USA, Grande-Bretagne, France) n’ont fait que reprendre avec quelques modifications les accords secrets de partage concoctés à Karadjordjevo en 1991 par Milosevic et Tudjman (premier président de la Croatie). Ces deux protagonistes étant signataires des Accords de Dayton avec le président bosniaque Alija Izetbegovic.

Par rapport au plan initial de 1991, il y a certes eu des améliorations :

La reconnaissance de l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine avec ses frontières, le quartier de Garbavica au centre de Sarajevo donné à la Fédération, mais le gouvernement central de Bosnie-Herzégovine n’a qu’un pouvoir très limité par rapport aux « entités ».

La Republika Srepska peut donc à tout moment paralyser les institutions centrales par son droit de veto qui constitue un moyen non-létal de poursuivre la guerre et leur objectif de séparation de la Bosnie-Herzegovine et son rattachement à la Serbie.

Les Accords de Dayton ont donné toute la région qui longe le fleuve Drina, dont Srebrenica, à la « République serbe de Bosnie » avec comme conséquence d’entraver le retour des réfugiés bosniaques dans la partie maintenant « Republika-Srepska » contrôlée par des maires nationalistes serbes ; les bosniaques sont systématiquement écartés d’un travail rémunéré, privé ou public. Sur les 2 millions de réfugiés, seuls 20% sont retournés.

[Source : Solidarité Bosnie]

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Un extrait de l’appel de Médecins Sans Frontières pour la création d’une commission parlementaire sur Srebrenica. MSF présent sur place :        Entrée en 1993, en même temps que le Général Morillon, dans l’enclave de Srebrenica, Médecins Sans Frontières a, pendant deux ans, apporté un soutien médical et matériel à cette population assiégée, officiellement placée sous la protection des casques bleus de l’Onu. Cette population avait reçu la promesse qu’elle ne serait pas abandonnée et c’est, entre autres, avec cette « garantie » qu’elle est restée sur place au lieu de fuir la menace des forces bosno-serbes. La présence continue de MSF auprès de cette population a contribué à entretenir l’illusion d’une protection internationale dans cette zone. Mais 1′ équipe de MSF est restée un témoin impuissant du tri de la population et des malades et blessés, de la séparation des hommes et des femmes et du départ des groupes en convoi vers des destinations inconnues ainsi que de l’inertie du bataillon hollandais de la Forpronu. Plusieurs dizaines de blessés et malades de MSF évacués de l’enclave par les bosno-serbes et « sous escorte hollandaise >>, ont été sortis des bus et exécutés par les forces serbes. Au moins trois infirmières bosniaques de MSF qui les accompagnaient ont également été sorties des bus, et sont depuis portées disparues.
La France, qui commandait alors l’ensemble des forces de protection des Nations unies dans l’ex-Yougoslavie, jouait un rôle décisionnel majeur. 

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Des lectures :

  • Vivre et mourir pour Srebrenica récit réalisé à partir de nombreux témoignages de survivants par Mihrija Fekovic-Kulovic aux éditions Riveneuve. (2010)
  • Nuits serbes et brouillards occidentaux. Introduction à la complicité de génocide. J.F Narodetzki aux éditions L’esprit frappeur. (1999)
  •  Article édité par le MRAP sur la commémoration du génocide de Srebrenica


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