Conférence/ discussion

Journée d’étude, Paris 8 : « Terrains politiques »

Le jeudi 23 avril 2015, Raphaël Challier, Marta Lotto, Ulrike Lune Riboni et Tiphaine Bernard, quatre doctorants en sciences sociales de l’université Paris 8 Saint-Denis/Vincennes, ont organisé une journée d’étude publique intitulée :

« Terrains politiques :

tension et complémentarité entre exigences d’analyse et engagement »

Radio.graphie était présent et a voulu en accord avec tous les intervenants diffuser ces questionnements qui animent ces doctorants engagés sur leur terrain et dans leur travail de recherche. Plusieurs aspects de cette journée d’étude nous ont paru particulièrement pertinents, que ce soit les sujets abordés : les militant-e-s, l’organisation des biffins, ou des sans-papiers en collectif, mais également les questionnements que développent ici les chercheurs sur leur position au sein même de leur « terrain » auprès des personnes qu’ils sollicitent ainsi que la question de la diffusion de leur travaux. La diversité de thèmes et d’approches soutenue par ces doctorants et des enseignants-chercheurs a permis à cette journée d’étude d’être riche en discussion.

Nous vous proposons en écoute l’intégralité des interventions de la journée ainsi que les deux discussions qui ont conclu la matinée et l’après-midi.

Étaient invités :

  • Marguerite Rollinde (Université Paris 8, CRESPPA GTM)

  • Paul Scheffer (Université Paris 8 / CNAM)

  • Etienne Penissat (CNRS / CERAPS)

  • Nassera Merah (Université Paris 8)

  • Virginie Milliot (Université Paris Ouest Nanterre, LESC – UMR 7186)

  • Manon Him-Aquilli (Université Paris-Descartes, EDA, CERLIS)

  • Julian Mischi (INRA)

Présentation :

La question posée par Howard Becker il y a plus de trente ans – « Whose side are we on? »- s’impose sans cesse aux chercheur.e.s qui étudient les mobilisations, les mouvements, les luttes, les associations et les groupes politiques. Les chercheur.e.s engagé.e.s sont confronté.es à une problématique incontournable : comment concilier exigences scientifiques et engagement, dans la vie personnelle, dans l’enquête et au moment de la restitution?

Cette journée d’étude se propose de questionner à la fois ce que l’engagement des chercheur.e.s apporte à leurs pratiques de recherche scientifique (biais et points d’appuis, transformation des savoir-faire militants en savoirs intellectuels, etc.) et ce que la recherche peut apporter aux militant.e.s et aux luttes (positionnement en tant que simple « scribe » de la lutte étudiée ou position « d’expertise », tensions entre respect de la confiance accordée par les enquêté.e.s, adhésion à la cause et aux stratégies politiques et devoir/nécessité de critique, etc.)

Ces questions fondamentales gagneront à être réinterrogées, explicitées et débattues collectivement, à partir des pratiques du terrain, des stratégies pour faire face au malaise qui naît de l’ambivalence de sa propre position, à « l’instrumentalisation » de l’engagement, aux doutes et difficultés propres à ce domaine de recherche.

Affiche/Turin

Affiche de la journée d’étude/à partir d’un « murales » /Chili.

TABLE 1 – «  Des recherches au services des luttes ? »

casque rose:jaune rond Présentation de la journée en écoute ici.

  • Marguerite Rollinde (Université Paris 8, CRESPPA GTM)

« Pas d’engagement sans pensée critique, pas de pensée critique sans engagement.

Retour sur un parcours intellectuel et militant à l’intersection des deux logiques ».

Cette intervention  reviendra sur les étapes clés d’un parcours qui commence comme  responsable d’une association pour les droits humains, expérience qui a donné lieu à  des recherches sur les mouvements sociaux au Maghreb et à une thèse sur les militant.e.s marocain.e.s des droits de l’Homme. Il se poursuit sur le terrain des femmes, immigrées et/ou en Afrique subsaharienne tout en continuant l’engagement aux côtés des sans-papier.e.s en lutte pour leur dignité. À travers les différentes étapes de ce parcours, il s’agit de montrer que l’engagement n’est pas un obstacle, mais un  socle pour construire des savoirs critiques. Mais ces savoirs critiques « ne vaudraient pas une minute de peine si ils ne  permettent pas de transformer le monde »  : sur le terrain, quel apport du savoir critique, et surtout, comment inclure les premier.e.s concerné.e.s dans la production de ce savoir ?

casque noir:rouge:rondviolet Son intervention en écoute ici.

  • Paul Scheffer (Université Paris 8 / CNAM)

« Une recherche forcément engagée : la formation à l’indépendance des médecins par rapport à l’influence de l’industrie pharmaceutique »

C’est l’ouvrage du journaliste François Ruffin, « Les petits soldats du journalisme », qui est à la base de ma démarche de recherche depuis le master. En effet, la manière dont sont formés les professionnels au cours de leur formation initiale me paraît un moment clé de transmission de valeurs, de violence symbolique et de reproduction de modèles, mais aussi de possibilités de pas de côté, de résistance et de changements, individuels et collectifs. C’est ce que j’étudie au sein du champ de la santé, en ayant fait le choix d’agir sur mon objet de recherche en sollicitant et accompagnant les associations d’étudiants de médecine sur la question de l’indépendance pour agir sur les cursus et la manière de concevoir la médecine, ceci pouvant aller jusqu’à des actions directes non-violentes, ainsi qu’au sein d’autres organismes comme l’association Formindep, qui vise notamment à faire pression sur les universités pour qu’elles intègrent des politiques vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique. Cette journée d’étude sera l’occasion de décrire comment ce positionnement nourrit la recherche en rendant plus saillant les blocages, les rapports de force et les possibles de la situation étudiée et émergente, et comment le temps à disposition du chercheur pour accumuler des connaissances et des contacts peut favoriser l’évolution de son terrain vers plus d’émancipation.

casque noir:rouge:rondviolet Son intervention en écoute ici.

  • Etienne Penissat (CNRS / CERAPS)

« (Re) connecter les milieux militants et universitaires. Les enjeux de la diffusion et de l’appropriation des savoirs critiques »

Dans un espace éditorial de plus en plus contraint par les logiques capitalistiques et dans un espace médiatique saturé par les discours des experts libéraux, la question de la diffusion, hors du champ académique, des savoirs critiques constituent un enjeu et pourrait-on dire un champ de bataille. En partant de l’expérience d’un travail éditorial aux éditions Agone et de la création récente une association d’éducation populaire à Saint-Denis (Sciences Populaires), il s’agira de réfléchir aux pratiques de diffusion des savoirs critiques et des formes de connexions qui peuvent se nouer avec les militants politiques, syndicaux et associatif.

casque noir:rouge:rondviolet Son intervention en écoute ici.

casque rose:jaune rond Discussion avec les intervenants en écoute ici.

TABLE 2 – «  S’engager sur son terrain »

  • Nassera Merah (Université Paris 8)

« Interroger le parcours des militantes islamistes algériennes, la chercheure à l’épreuve des stéréotypes »

J’ai traité, dans mon mémoire de DEA, l’histoire de l’engagement des Algériennes, contre le colonialisme, dans les partis politiques. Après l’indépendance, les militantes des partis d’extrême gauche ont mené un combat, contre l’adoption du Code de la famille, entre les décennies 1970-1980. Durant cette même période, des étudiantes se sont engagées dans les mouvements islamistes. Comment traiter les entretiens de ces dirigeantes politiques islamistes et analyser leurs récits de vie  en fonction de mon propre parcours, mon engagement et mon idéologie marxisante  ? Comment mettre de la distance entre la militante, et la chercheure, que je suis vis-à-vis de leur idéologie islamiste  en évitant les jugements et les stéréotypes concernant les signes religieux, les avancées féminines  et le projet de société qu’elles portent  ? Il s’agit, pour moi de déconstruire les idées préconçues et démontrer, d’après leurs témoignages, que les engagements politiques des femmes sont, toujours, transgressifs dans une société patriarcale quelque soit les idées véhiculées.

casque noir:rouge:rondviolet Son intervention en écoute ici.

  • Julian Mischi (INRA)

« Ce que les enquêtés font à l’engagement du sociologue : effets de politisation et stratégie de recherche »

En revenant de façon réflexive sur les relations d’enquête qui ne sont nouées à l’occasion de recherches que nous avons menées en milieu populaire, nous aborderons la question des rapports entre militants ouvriers et intellectuels. Quelles tensions entre intérêt académique et stratégie militante  ? Comment la politique intervient-elle dans un contexte d’enquête marquée par l’asymétrie des positions sociales  ? La mise en relation de trois études conduites auprès de groupes militants différents (communistes, chasseurs, syndicalistes cheminots) permet de cerner des variations significatives tant dans les jeux de politisation croisés que dans la gestion réciproque des distances sociales et culturelles. Nous montrerons comment l’évolution de nos pratiques de recherche mais aussi d’écriture doit aux groupes militants successivement rencontrés.

casque noir:rouge:rondviolet Son intervention en écoute ici.

  • Virginie Milliot (Université Paris Ouest Nanterre, LESC – UMR 7186)

« A quoi servent les anthropologues ? Réflexion sur les usages sociaux de la recherche en Sciences sociales »

Dans le cadre de cette journée d’étude, je proposerai une réflexion sur les difficultés de positionnement du chercheur dans les dynamiques de luttes sociales en partant de l’expérience  d’une recherche menée entre 2009 et 2012 sur  la mobilisation des «  biffins  ». Il s’agira tout à la fois d’objectiver les différentes places que j’ai pu occuper que les différents rôles attribués ou revendiqués par les chercheurs que j’ai pu croiser sur ce terrain.  Nous nous interrogerons sur les usages sociaux et politiques de la recherche et des chercheurs et questionnerons tour à tour la spécificité de la connaissance que nous produisons, et la responsabilité qui nous incombent «  en tant que  » chercheur.

casque noir:rouge:rondviolet Son intervention en écoute ici.

  • Manon Him-Aquilli (Université Paris-Descartes, EDA, CERLIS)

« Militants anarchistes et chercheurs engagés : je t’aime moi non plus ? »

En prenant appui sur mon expérience de terrain en milieu militant libertaire et les tensions éthiques et politiques qu’elle a suscitée en moi, je présenterai, au cours de cette intervention, quelques remarques à propos de la relation conflictuelle dans laquelle semble être engagés universitaires et militants anarchistes. Je reviendrai tout d’abord sur les débats liés aux conditions de production d’un discours légitime sur le militantisme et sur les rapports de savoirs-pouvoirs auxquels ils se rapportent. J’évoquerai ensuite les conséquences symboliques, en terme de construction de frontières entre un «  vous  » (les universitaires) et un «  nous  » (les vrais militants) qu’une telle essentialisation stratégique permet de mettre en place. Tout se passe comme si face au chercheur, seul un discours anti-intellectualiste radical pouvait être tenu, afin d’opposer les positions et les buts de chacun. Enfin, je mentionnerai les errements méthodologiques auxquels à donné lieu une telle situation, en proposant une objectivation de mon expérience ethnographique en termes de socialisations contradictoires au militantisme et à la recherche.

casque noir:rouge:rondviolet Son intervention en écoute ici.

casque rose:jaune rond Discussion avec les intervenants de la journée en écoute ici. 

Thèmes abordés :

  • L’importance de la restitution : quelle forme prend-elle ? Comment est-elle réappropriée par les personnes sollicitées par les chercheurs ?

  • Les sources : la relation de confiance et la diffusion des données ?

  • Une recherche sur ces thèmes-là est-elle possible au sein de l’université ?

Quelques liens :

 

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Une réflexion sur “Journée d’étude, Paris 8 : « Terrains politiques »

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