« CHEZ MADELEINE »,
25 rue Pasteur à Saint-Ouen, on grimpe jusqu’au dernier étage d’un vieil immeuble rescapé des réaménagements successifs aux portes de Paris.
On y fait de la musique, des lectures, des expositions, des écoutes collectives, des ateliers ; on y discute (beaucoup), on y réside parfois.
Mais qui était Madeleine Martin?

D’elle nous ne connaissons que l’unique photo qui trône à l’entrée de l’appartement : déjà âgée, svelte, droite, digne, sous un parapluie zébré et une parka de cuir verte, elle accueille quiconque passe le pas de la porte.
Et une courte biographie sur le blog de l’association :
Madeleine Martin est née le 4 mai 1931, à Uccle en Belgique, et est décédée le 2 janvier 2011 à Paris. Elle était musicienne, professeur de piano et d’épinette, anarchiste et bibliophile avertie.
Crédit photo: Daniel Maunoury
Très impliquée dans son quartier, Madeleine a eu à cœur de léguer à ses ami.e.s et voisin.e.s, réuni.e.s au sein de l’association Échanges, son petit quatre-pièces contenant une bibliothèque qui lui ressemble et son épinette, instrument d’une vie.
Crédit photo : Jane Neaumet

Dans la continuité de ce geste émouvant, nous avons souhaité mieux la connaître en rencontrant les personnes qui lui étaient proches. Les liens d’amitiés nous ont guidés. Ils tissent la trame de ce portrait kaléidoscopique.
L’enquête nous mène jusqu’à la Belgique, rencontrer son neveu (Benoît Atout) pour évoquer la famille Martin dont elle parlait peu. Une de ses trois sœurs, Monique, n’est autre que la célèbre auteure et illustratrice connue sous le pseudonyme de Gabrielle Vincent qui ravit des générations d’enfants avec les aventures d’ « Ernest et Célestine ».

Pour autant, les éléments que nous restituons ne composent ni une biographie, encore moins une hagiographie. Des pans entiers de sa vie gardent leurs mystères ; des archives n’ont pas été dévoilées.
Nous avons choisi le portrait en creux réalisé à partir de ce que Madeleine partageait à Saint-Ouen et de cette transmission s’opérant bien au-delà de son aspect matériel. La genèse du lieu et sa continuité repose sur le socle de la solidarité et de l’entraide. L’esprit de Madeleine y est toujours présent parmi ses amis, dans leurs luttes et dans la manière dont ils font vivre l’espace qui porte son nom. Profondément ancré dans le quartier, il représente un véritable îlot de liberté et de résistance à la bétonisation et au chacun pour soi.
Ce documentaire sonore est destiné à habiter le lieu afin que chaque personne qui passe la porte puisse entendre les voix, les anecdotes, les sourires qui composent cet univers, ou comme on aime à le dire : « la constellation Madeleine ».
Mais cette histoire d’une anonyme passionnée et discrète, résonne au-delà de cet espace, et nous souhaitons la partager ici et là.
Madeleine nous donne à tous et à toutes du fil à retordre, elle s’affranchit de stéréotypes de genre et d’âge et incarne avant tout une femme libre et indépendante.

Sur une idée d’Eveline Pommerat.
Auteures : Eveline Pommerat et Maïssoun Zeineddine.
Réalisatrice : Maïssoun Zeineddine.
Ce projet a bénéficié d’une résidence Phonurgia Nova au Studio Euphonia-Radio Grenouille Marseille, et d’une bourse de la SACEM. Avec un accompagnement au mixage de Jean-Baptiste Imbert.
Chez Madeleine a été sélectionnée pour concourir au Prix Longueur d’ondes de la création documentaire catégorie « Petites ondes » et sera diffusé pendant le festival, dans le cadre des séances d’écoute, organisées dans la « chambre d’écoute » du29 janvier au 02 février 2025 à Brest.
Produit par Radio.Graphie
BONNE ÉCOUTE de Chez Madeleine
( 35mn53)
ENTRETIENS AVEC LES AUTEURES
…
Radio.Graphie : Eveline tu es à l’origine de ce documentaire, veux-tu ajouter des raisons particulières qui t’ont poussée dans cette aventure du documentaire sonore ? En quoi as-tu été particulièrement touchée par le geste de legs de Madeleine ?
Eveline Pommerat : A l’automne 2022, j’ai passé plusieurs jours chez Madeleine pour le montage de mon exposition sur les plantes sauvages. J’ai ressenti beaucoup d’émotion, à la fois le sentiment d’une intimité avec celle qui a laissé une forte empreinte dans ce lieu et l’envie de mieux la connaître et de comprendre sa démarche. Confier son appartement auquel elle était très attachée, qui symbolisait son indépendance, c’est le signe d’une grande confiance et une capacité de détachement qui m’a impressionnée.

Radio.Graphie : Qu’as-tu découvert de particulier en réalisant ce documentaire et qu’est-ce qui reste marquant pour toi au final ?
Eveline : A propos de Madeleine c’est avant tout la découverte d’un personnage complexe au sens d’une grande richesse et en même temps d’une grande cohérence, porteuse de valeurs fortes tout au long de sa vie auxquelles elle est restée fidèle jusqu’au bout. A travers ce portrait, nous avons pris plaisir à déconstruire certains clichés, tels que l’image de la « vieille fille célibataire avec des chats » qui a encore cours aujourd’hui ! Madeleine ne correspondait en aucun cas à cette caricature …
Au portrait de Madeleine s’est superposé un portrait de groupe, au fil de nos rencontres avec ses amis de l’association de quartier, des personnes attachantes, engagées. Nous avons été très heureuses de prendre part à cette chaîne d’amitié et de faire œuvre de transmission à notre tour.
Radio.Graphie : Et toi Maïssoun qu’est-ce qui t’as donné envie de faire ce documentaire ?

Maïssoun Zeineddine : C’est, je pense la question de l’amitié et de l’engagement qui m’a guidée.En 2019 Barbara Serré-Becherini m’a proposé cet endroit pour notre expo L’autre canal.
Crédit photo W.
C’était idéal, cet appartement comme encore habité ayant résisté aux restructurations des abords parisiens exactement dans le sujet de notre travail sur le canal de l’Ourcq. Le lieu m’avait laissé forte impression. J’avais à cette époque demandé si il existait des bandes enregistrées de Madeleine avec l’envie d’en faire un mixage plutôt musical. Il n’existait pas vraiment de bandes sons exploitables de la voix de Madeleine. Alors quand Eveline m’a proposé de se lancer dans un documentaire sonore, ça m’a tout de suite plu.
Un portrait de femme réalisé par deux femmes, une histoire de transmission, de militantisme et d’amitié.
Et ce lieu, sa lumière…
Radio.graphie : Peut-on dire aussi qu’il y a une continuité dans ton travail, après « radiographie d’un immeuble » , et l’itw de ta voisine Liliane ?
Maïssoun : Tout à fait, faire parler les lieux, parler de l’habiter urbain, et décrire des résistances à l’atomisation des vies métropolitaines sont des thèmes avec lesquels je ferraille…
Nous remercions l’association Échanges pour l’accueil réservé à ce projet et particulièrement les personnes enregistrées : Daniel, Marie, Céline, Marie-Jeanne, Saïda, Malika, Laurent, Alice, la famille Atout, Bruno, Brigitte, Claude, Frédéric, Isabelle, Émile, Hamed, Jean-Luc, Tiziana, Madany, Rizlen. Les musiciens du quartier : Moussa Touati ( mandoline) et Antoine Maunoury *(piano et saxophone) ont offert leurs compositions et Thomas (piano) un extrait de morceau que Madeleine lui a appris.
*Antoine Maunoury : La dame aux pigeons.
A l’épinette et à la flûte des enregistrements sur cassettes de Madeleine découverts lors d’une résidence.
EN SAVOIR PLUS :
Blog : Chez Madeleine, rue Pasteur Saint-Ouen.
FB : Chez Madeleine, rue Pasteur.FB : Chez Madeleine, rue Pasteur.Émission sur radio.grenouille diffusée le février 2024 avec Itw des auteures.
Maïssoun Zeineddine, Eveline Pommerat.
Radio.Graphie Prod. @2024.
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Radio-graphie
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Merci,
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Contacts :
Maïssoun : soon100@hotmail.fr
https://radio-graphie.net/



Un très beau portrait de Madeleine, très fidèle, par ses amis, ses voisins du quartier.
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Merci Antoine. Et merci pour ta musique.
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beau portrait de madeleine qui sort quelques jours avant le livre biographique de la vie de monique martin / gabrielle vincent (sa soeur).
2 soeurs, 2 personnages.. peut=être serait=il un jour chouette de faire une petite « expo » d’ambiance dans cet appartement avec des peintures de monique et/ou des souvenirs de famille??
marie-astrid (épouse de benoit ATTOUT ,son neveu)
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Bjr Maïssoun, votre doc m’a beaucoup touché. Un instant, j’avais l’impression de revoir ces instants passés avec Madeleine. Merci pour cette promenade nostalgique.
Ahmed
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Merci Ahmed, nous espérons aussi à travers ce portrait partagé entretenir l’esprit vif de Madeleine et sa détermination.
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